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La SOCIOCRATIE

"Prendre sa place, toute sa place et rien que sa place"

I - A l'origine au sein de l'association

C'est François FAGNOT, intervenant et du collectif de l'association qui nous a présenté la sociocratie, et nous avons eu envie d'expérimenter cette proposition d'organisation de fonctionnement au sein d'un groupe de créateurs et décideurs, car il nous semble juste d'apprendre ce fonctionnement.

II - Pourquoi le collectif de l'association a envie d'expérimenter la sociocratie ?

pour apprendre à "Prendre sa place, toute sa place et rien que sa place" au sein d'un groupe et au sein de la société.

III - Définition résumée

L'art d'avancer en groupe en prenant en compte la dimension humaine, tout autant que les objectifs et les contenus des actions données. C'est faire en sorte que, dans un groupe, chacun : prend sa place, rien que sa place, et toute sa place.

IV - Ce que comprend François FAGNOT de la sociocratie

Texte de François FAGNOT le 19 septembre 2010

Je pars, pour m'exprimer, à la fois de mon parcours personnel de 10 années en non violence au sein du M.A.N. (Mouvement pour une Alternative Non violente), puis 12 années en dynamique de coopération au sein du Pas de Coté à Lille, de mon parcours en thérapie, de mes nombreuses expériences personnelles de groupes et de réunions, en associations, entreprises, collectivités locales, et de mes expériences comme formateur en communication et relations humaines, et comme thérapeute.

Plus récemment de l'expérience d'une journée d'expérimentation de la sociocratie, vécue avec Alain AUBRY du réseau Colibri, et 70 personnes à Ploermel au printemps dernier.

Je pars aussi de mes lectures récentes à ce sujet : livres de Marshall ROSENBERG, concepteur de la C.N.V, conférence de Geneviève WILSON, de l'A.C.N.V (association pour la communication non violente), que j'avais rencontrée dans le Nord.

La sociocratie s'intéresse au mode de gouvernance de la société, à travers le fonctionnement de ses systèmes d'autorité, de connaissance, de pouvoir, dans ses institutions de toutes natures, de toutes tailles et à tous les niveaux.

la sociocratie apparaît aujourd'hui comme une alternative féconde et réaliste de gouvernance dans les groupes, au sein des institutions au sens large du terme (famille, entreprises, associations, administrations et collectivités, ministères, etc), se basant sur une analyse approfondie des causes des échecs et des limites des systèmes précédents. Le facteur principal d'échec dans ces systèmes est la prise en compte insuffisante ou nulle du facteur humain. En effet, dans les systèmes compétitifs, c'est l'objectif qui prime.

Elle s'appuie aussi sur le postulat que le changement, la transformation sociale et le changement de la personne vont de pair. D'où l'emphase portée sur l'Humain dans son approche.

Définition : Elle peut se définir comme "une approche qui mobilise l'intelligence collective de tous les membres d'une organisation et assure une prise de décision sans objections garantissant une efficacité optimale".

"Elle est fondée sur la cybernétique et la théorie des systèmes, considérée comme une structure légale de fonctionnement aux Pays Bas, expérimentée dans de nombreuses entreprises, elle répond aux critères d'une bonne gouvernance, tels que définis par l'O.N.U. :

Elle repose sur quatre règles :

1) la gestion par consentement 

Le moment de la prise de décision dans un groupe, ou une institution, est le moment clé ou se joue le pouvoir dans le groupe. Qui détient le pouvoir, qui prend la décision, et comment ?

"Par différence avec la décision par consensus, dans laquelle il doit y avoir unanimité, le consentement se contente du fait qu'aucun membre n'y oppose d'objection raisonnable. une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l'étude ou l'élimine complètement." (source : magazine Nouvelle clés (revue en ligne) internet).

"Chaque objection n'est pas prise comme une critique, ni contre celui qui soumet une proposition, mais elle prend toute sa valeur en permettant d'améliorer la décision finale. C'est un changement philosophique, un changement de paradigme, on prend les objections comme des cadeaux (G .WILSON conférence du 24 02 07)".

"ce système met l'accent sur la responsabilité et le pouvoir de chacun(e) d'exercer une influence sur les décision, le respect des limites des personnes, c'est un levier puissant pour garantir leur participation...il met l'accent sur la réflexion et l'écoute des arguments de chacun(e)favorise les discussions ouvertes et la recherche de solutions créatives.."

2) Les cercles de concertation

Concrètement, la sociocratie nécessite pour sa mise en oeuvre de former des cercles de concertation. D'une taille allant de 6 à 25 personnes maximum, ils fonctionnent avec des tours de parole. On s'y écoute sans s'interrompre. Comme leur nom l'indique, il prennent la forme d'un cercle, de préférence assis sur des chaises, ou assis à terre.

La précision avec laquelle est formulée la question posée au cercle, ou le thème traité, ou la proposition soumise à décision, est importante pour l'efficacité.

On peut (ou non) utiliser différents outils et techniques d'écoute et d'expression, de créativité, de réflexion, (comme le bâton de parole, la reformulation, les 6 chapeaux de la réflexion de BONO, la carte mentale heuristique, le métaplan, etc..) de mise en confiance dans le groupe, de renforcement de la cohésion (minute de silence, jeux coopératifs, contact physique par les mains, respiration, visualisation..).

ll semble important, voire essentiel d'y progresser dans l'écoute et l'expression de soi : pas seulement idées, opinions et pensées correspondant a sa carte du monde, mais aussi sentiments, émotions, besoins, demandes, avec un maximum d'authenticité (cf la C.N.V.). Bien sûr tout cela s'apprend, chemin faisant, et ou en suivant des formations.

Une fonction d'animation, et de prise de notes sont utiles dans les cercles, mais chaque participant peut choisir de les expérimenter, et ou de mettre son expérience et ses compétences en la matière au service du groupe. L'idée que chacun(e) acquiert progressivement les compétences et l'aisance pour assurer les différents rôles me semble féconde pour tous.

3) L'élection des personnes

Dans l'élection sociocratique, "on va définir le rôle que la personne devra tenir, et ensuite chacun dit ; je vote pour telle personne (y compris le rôle de chef) on la choisit en expliquant ses raisons : je la choisis parce que... on peut aussi voter pour soi parcequ'on est motivé, qu'on se sent capable de mener à bien le rôle, la mission Quand une personne est choisie pour un poste, vous imaginez la puissance qu'elle aura... cela lui donne une confiance, une sécurité, elle est soutenue par tous, elle a pu exprimer ses limites, donc elle va pouvoir demander de l'aide à son environnement." (G.WILSON)

4) Le double lien 

Une organisation conçue sur le modèle hiérarchique, comme l'armée, l'éducation nationale, (pour citer les deux plus grandes en France) et toutes les autres ; administrations, collectivités, entreprises, et même associations, c'est le modèle dominant, au sens fort du terme. Car le modèle hiérarchique est un modèle guerrier, compétitif, fait pour faire face à l'urgence, dans lequel la pression du temps est toujours importante.

L'organisation "se met en ordre de bataille pour conquérir, et n'apporte pas vraiment la paix. Mais on peut passer a une nouvelle organisation, qui soit la mise en ordre de marche, pour plus de coopération, de créativité, d'expression de nous même au service de nos projets..." (G.WILSON, A.C.N.V.)

Cela n'exclut pas la nécessité ponctuelle d'un chef pour faire en sorte que dans l'action tout fonctionne bien, mais ici, la fonction de chef est définie et attribuée par consentement, comme les autres, elle est provisoire et révocable, et le chef peut dans les cercles se mettre ponctuellement à même niveau d'égalité de pouvoir (un homme / une voix) que les autres.

Le double lien consiste à compléter le système de communication entre les niveaux dans une organisation hiérarchisée, en désignant par consentement, dans chaque groupe, ou unité, et par les participants, un représentant qui va participer aux rencontres du niveau supérieur. Cette personne va garantir la transparence la meilleure possible entre les niveaux, en faisant circuler l'information d'un niveau à l'autre. Cela demande beaucoup d'intégrité, et la capacité à noter, ou mémoriser, et à ré-exprimer, reformuler. Cela aussi s'apprend, un peu à la fois.

5) En conclusion

Dans ce type de fonctionnement, chacun peut éprouver la joie de partager le pouvoir avec d'autres, la satisfaction d'être écouté, entendu, de coopérer efficacement à une tâche collective, d'acquérir des compétences nouvelles, utiles, transférables, et d'exercer sa créativité. C'est aussi un outil puissant de transformation personnelle, et sociale. Cela demande de la patience, de sortir aussi de la pression du temps, et parfois de l'urgence de la décision. L'énergie circule de façon plus fluide, plus forte, entre les membres. Le processus, la manière d'être et de vivre ensemble dans ces groupes, devient aussi important sinon plus important que le but poursuivi. Comme sur le chemin de Compostelle, "l'important n'est pas le but, c'est le chemin.."

Texte de François FAGNOT le 19 septembre 2010